Mon petit territoire, mon bon SDF, mon petit calepin
17 décembre 2009 par adminPar Florian Borg
On y est,
Le plan grand froid est lancé et les journalistes par la même occasion sur les traces de premier SDF couché sous un marronnier.
Les années se suivent et se ressemblent.
Le Secrétaire d’Etat chargé du logement et de l’urbanisme, Benoist Apparu nous produit quand même sa petite nouveauté.
Dans un communiqué en date du 3 décembre dernier, le secrétariat d’Etat au logement annonçait qu’il avait demandé au Préfet de Paris d’organiser l’intervention « des équipes mobiles qui vont à la rencontre des personnes qui sont à la rue » (les maraudes auprès des SDF).
Apparu répond ainsi à une vielle idée selon laquelle beaucoup d’associations interviennent auprès des SDF à Paris sans que cela ne se traduise par une couverture totale du territoire parisien. En clair, la multitude d’intervenants n’empêche pas aux SDF de mourir de froid.
Afin d’améliorer l’efficacité de la couverture du territoire, 4 secteurs ont été déterminés, chacun attribué à une association qui, sous réserve de respecter un cahier des charges, bénéficie du financement d’un poste de salarié référent.
Et pourtant, derrière une apparence de rationalité et de générosité, cette mesure a toutes les caractéristiques de la fausse bonne idée.
En effet, Apparu semble vouloir faire de la maraude une forme de service public du SDF (« optimiser le service rendu aux personnes en situation de précarité et d’errance »). On verrait ainsi instituer sous forme de service rendu aux SDF le fait d’aller à leur rencontre, leur servir un café et écouter leur souffrance,… Quelle avancée !
En réalité, cette coordination des maraudes ne répond en rien aux problèmes chroniques des personnes à la rue et en particulier celui des places d’hébergement et de logement.
Tant que la chaîne hébergement d’urgence/hébergement de transition/logement ne sera pas débloquée, l’ensemble des mesures prises apparaîtront tel un cautère sur une jambe de bois.
Les premiers bilans de la loi DALO commencent d’ailleurs à démontrer que le choix du terrain contentieux pour défendre le droit au logement ne suffit pas à répondre à la pénurie de logement.
Cette volonté de coordonner l’action associative par la nomination de référents pose surtout le problème du rôle et du financement des associations.
En effet, le référent associatif par secteur, outre la connaissance « des plannings des interventions des bénévoles sur son territoire (de) toutes les maraudes qui interviennent sur son secteur, professionnelles ou bénévoles, les zones et les plannings d’interventions, la composition des équipes », aura également pour mission de « connaitre les personnes installées à la rue et identifiera les problématiques spécifiques (animaux, ..) », le tout piloté par le Préfet.
On comprend qu’une association chargée de la gestion d’un hébergement d’urgence en contrepartie d’un financement de la part des services sociaux de l’Etat ou du département rende des comptes sur sa gestion. Il s’agit là de rapports classiques entre le milieu associatif et les pouvoirs publics en matière d’action sanitaire et sociale.
En revanche, ce maillage territorial en relation avec la Préfecture laisse en suspend des interrogations bien plus profondes.
Il fait de l’association un véritable prestataire de service de l’administration (à l’image de ce qui est déjà à l’œuvre dans les centres de rétention administrative).
En outre, et sans procès d’intention a priori, on peut s’interroger sur la liberté d’intervention et l’indépendance des associations dès lors qu’elles seront confrontées à l’errance de sans papiers qui n’en restent pas moins SDF. Devront-elles leur offrir un café ?
Certes, le Préfet de Paris n’est pas le Préfet de police de Paris et il ne faut pas voir le mal partout.
Mais dans un contexte de débat identitaire nauséabond et de Chartérisation sans scrupule, ce genre d’initiative laisse dubitatif.
Crainte illégitime et mal fondée ? Sans doute est elle proportionnelle au nombre d’afghans en errance dans les rues de Paris…
Communiqué du secrétariat d Etat
Bien d’accord avec l’auteur sur son analyse. D’autres aspects sont à noter. Bernard Apparu, avec son initiative, semble penser que les sans-logis le sont par choix. Et qu’il suffit finalement de mieux organiser le ratissage pour que personne ne dorme plus sur le goudron. Les associations ne sont pas assez compétentes pour fignoler le ratissage et faut que l’État casque pour que le boulot soit bien fait. Ben voyons…
Et puis il suffit d’adresser les gens dormant dehors au 115 qui va les répartir dans les centres d’accueil d’urgence. Début décembre, dans ma bonne ville, tous les dispositifs d’urgence étaient déjà saturés et le 115 logeait cent vingt personnes à l’hôtel. Seulement les gosses et les femmes, faut pas déconner, on ne va quand même pas mettre à l’hôtel des hommes dont on sait bien qu’ils ont la couanne plus résistante aux sept degrés au dessous de zéro que nous avions alors chaque nuit. C’est que ça coûte bonbon, l’hôtel même défraîchi… Comme d’hab, c’était pas la peine de téléphoner au 115 qui n’avait pas de place. Y’a même eu un soir où un gars du 115 a téléphoné chez moi en loucedé pour savoir si j’aurais pas un tuyau à lui refiler pour loger la petite dizaine de personnes dont il ne savait que faire. C’est à ce genre de détail que tu mesures le désarroi des gens qui tentent de faire au mieux leur boulot.
Il y aurait beaucoup à dire sur ceux qui sont à la rue. Ne serait-ce que pour détailler leur extrême diversité. Quoi de commun entre un divorcé, saigné à blanc par la pension alimentaire, qui dort dans sa voiture parce que son salaire ne lui permet pas de payer un loyer et qu’il est plus ou moins dépressif et un malade mental abandonné par tous depuis des lustres ?
Voilà un point qui me fout en boule. On voit à la rue beaucoup de gens qui présentent des symptômes évidents de maladie mentale. On voit des gens qui, lorsque l’on parvient à les faire interner en HP, vont nettement mieux en quelques semaines. (Avant d’être relâchés dans la nature sans parachute et sans suivi…) Et pourtant le déni de la maladie mentale est très fort. On le trouve même chez certains travailleurs sociaux et certains caritatifs. On a même inventé un terme pour ne plus employer le vocable « malade mental » qui dirait la responsabilité de la collectivité. On parle de « border line » qui sous-entend le libre choix d’un comportement hors-norme. Cinquante mille lits de psychiatrie ont été fermés ces vingt dernières années. Eh bien c’est dans la rue que l’on retrouve une partie des malades.
We are seriosely frustrated. Because instructions don’t work, but the shopping center is closed.