De la faillite personnelle à la crise systémique

23 août 2010 par admin

Par Serge Bossini

L’explosion des affaires touchant les membres du gouvernement, ces dernières semaines, révèle une « crise systémique », comme on a pu dire pour expliquer que la faillite d’une banque était en fait la faillite de tout un système.

Dès lors, c’est logiquement au système lui-même qu’il faut toucher si l’on veut progresser un peu durablement. Au système Sarkozy, c’est-à-dire au lien entre le pouvoir exécutif et les puissances de l’argent. Mais comme pour les bonus des traders, le gouvernement fait un rappel formel à « la morale », met à l’index quelques lampistes, sans rien changer au fond : ni à ses politiques publiques, ni à ses pratiques de gouvernement.

La réforme des retraites présentée par le gouvernement, qu’elle soit portée par Woerth, Darcos, Fillon ou qui que ce soit d’autre, restera toujours aussi injuste et inefficace. Ce qu’on attend, ce sont des réorientations de fond, pas du bricolage médiatique.

Le rapport au droit de ce gouvernement est plus que « décomplexé », il est infantile. Comme l’explique Alain Supiot, ils confondent le rule of law (le régime démocratique dans lequel le Droit régit les rapports sociaux) et le rule by law (il suffit d’édicter la loi adéquate pour faire ce qu’on veut). C’est le règne de l’enfant-roi.

Face aux mises en cause dont ils sont l’objet, nos ministres font plus de procédure que de politique. Mais le plus effarant vient du nombre de censures constitutionnelles qui ont frappé les textes produits par le gouvernement depuis 2007 : rétroactivité des déductions fiscales des intérêts d’emprunt (août 2007), immigration et tests adn (novembre 2007), rétention de sûreté (février 2008), redécoupage électoral (janvier 2009), Loi Boutin (mars 2009), hadopi (juin 2009), travail dominical à Paris (août 2009), taxe carbone (décembre 2009), violence de groupes (février 2010), dégel des pensions militaires (mai 2010)…

Tout cela est très préoccupant. Même si, finalement, c’est affreusement cohérent. Le préambule de la Constitution gêne Nicolas Sarkozy, parce qu’il est la trace vivante de l’esprit du cnr de 1944. Il a cherché à le modifier avec la commission Veil, qui a heureusement refusé d’y toucher. Mais respecter – certes à peu près, et à contrecœur – la lettre de la Constitution ne suffit pas pour faire vivre notre démocratie sociale.

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