Et si nous inventions le devoir d’espérance ?
8 février 2011 par adminPar Romain Cujives
L’alliance des conservatismes est en marche.
Éditorialistes, spécialistes des relations internationales, politiques, leur pacte est scellé, le mot d’ordre est donné : méfions-nous des révolutions dans le monde arabe.
Qu’elle est laide, qu’elle est coupable cette musique de la prudence, de la retenue, de l’inaction.
L’islamophobie, de moins en moins rampante, le traumatisme de l’expérience démocratique en Algérie, ajoutés aux doutes existentiels de l’Occident forment le terreau fertile à la propagation d’une théorie du moindre mal.
Un dictateur restreignant les libertés, bafouant les valeurs inscrites sur le frontispice de nos 36000 communes, vaudrait finalement mieux qu’un peuple libre présidant seul à la construction de son destin.
La peur de l’autre, la crainte de l’islamisation du monde deviennent ainsi le prétexte insoutenable à la défense du statu quo. S’il existe effectivement des inquiétudes légitimes quant à l’avenir, ou plutôt quant au devenir des régimes qui s’effondrent aujourd’hui sous les yeux du monde, il n’est pas acceptable de faire prévaloir la peur sur l’espoir.
Qu’il est confortable pour les observateurs internationaux, bien installés dans leurs démocraties parfois séculaires, de promouvoir la prudence.
Le monde arabe, et plus largement les pays du Sud, n’auraient-ils pas droit eux-aussi à la démocratie sans que pour autant l’Occident ne souffre d’insomnie ? Serions-nous seuls capables, nous, occidentaux, de choisir des dirigeants responsables et dignes de confiance ?
La chose la plus paradoxale dans les temps actuels est peut-être que ce sont les mêmes qui, hier, proclamaient la supériorité des régimes des pays du Nord et qui, aujourd’hui, voudraient empêcher ou ralentir la démocratisation en marche.
Dans ces révolutions que personne n’avait prévues, la responsabilité des démocraties est pourtant immense. Il conviendrait qu’elles prennent sans plus tarder le train de l’histoire qui s’écrit.
On ne peut, on ne doit pas gouverner les peuples par l’évocation des dangers du monde. Ces mécanismes trop souvent utilisés n’insufflent aucune lueur d’espoir en direction des jeunesses du monde. En véhiculant la peur, nul ne doute que le pessimisme et le repli sur soi deviendront la règle commune, celle qui bâtira les relations internationales du XXIème siècle.
C’est un choix de civilisation qui s’offre en réalité à nous, une vision de l’existence qui transcendera demain les clivages que nous connaissons actuellement. A nous de choisir le paradigme nouveau que l’on souhaite voir émerger au sein de ce qui deviendra, sans doute, la société civile mondiale.
Sans sourciller, les démocraties devraient réaffirmer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et, sans ingérence, accompagner ces révolutions.
Former des élites, promouvoir le pluralisme politique, aider à l’émergence de corps intermédiaires, voilà le rôle auquel nous devrions nous atteler.
Et si, dépassant le devoir d’ingérence, nous inventions le devoir d’espérance ?
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