Notre démarche
Les dogmes s’effondrent. Les certitudes d’hier deviennent les doutes d’aujourd’hui. Le ringard devient moderne et le moderne devient erreur. En quelques semaines, c’est un renversement absolu que le monde a vécu. Effondrement du système capitaliste financier, système de valeurs libérales balayé, centralité de la préservation de la planète, retour en grâce de l’action publique…
Cette remise à zéro du système n’aura duré que le temps d’une année. L’essentiel a été sauvé. La financiarisation de l’économie, ses errements, son existence même ont esquivé toutes les remises en cause fondamentales pourtant bien nécessaires.
Partout sur la planète, les peuples du monde vivent ce choc. La crise sociale enflamme chaque partie du globe. Les fermetures d’usines accumulent la colère, le mécontentement des hommes et des femmes. C’est cette colère aujourd’hui qui est une chance et une menace.
Une menace car la colère peut amener le pire. L’Histoire n’a pas à bégayer à nouveau. Cette menace ne doit pas être prise à la légère. Le repli sur soi en période de crise amène bien souvent la haine de l’autre. C’est cela que nous refusons absolument d’occulter.
Cette colère pourtant peut amener de grandes choses. Les citoyens appellent de leurs vœux un monde où l’argent n’est pas la valeur centrale, un monde qui ne fait pas des salariés des variables d’ajustement d’un cost killer, un monde qui réfute le temps court au bénéfice du bien public. Ce sentiment se diffuse largement dans les opinions publiques et il cherche en France et en Europe son débouché politique.
La société Monde du 21ème siècle ne sera pas celle du 20ème. Quelles sont les questions qui se posent à nous ? Quels sont aujourd’hui les besoins élémentaires qu’une société doit apporter à ses citoyens ? Quels sont les droits élémentaires qui font des habitants des citoyens ? Quelles sont les nouvelles frontières de l’affrontement entre capital, travail et nature? Quelle reconnaissance la société, dans toutes ses sphères, dans tous ses espaces, accepte d’octroyer à chacun d’entre nous ? Quel aménagement de l’espace, du local au mondial ? Quel développement solidaire pour les territoires ? Quel équilibre écologique viser ?
A ce jour, nous n’en savons rien. Ou du moins, nous en avons des intuitions, des débuts de réponses. Mais nous savons aussi qu’il nous faudra mettre sur l’établi cet ouvrage pour participer à cette redéfinition idéologique de la gauche.
Une redéfinition qui ne peut se concevoir qu’à travers la permanence de confrontation entre les sphères politiques, syndicales, associatives. Une redéfinition qui permette également de porter le débat au niveau le plus profond des mouvements de gauche : dépasser les divisions stériles du monde syndical, arrêter de concevoir l’engagement associatif à l’aune de son seul intérêt statutaire, sortir d’une conception de la presse et des médias qui se cache derrière l’indépendance politique pour ne pas assumer sa dépendance économique.
Une redéfinition qui doit s’inscrire au coeur d’une nouvelle relation des citoyens à la politique et à l’engagement, qui doit redonner la parole aux citoyens et notamment à celles et ceux qui ne nous parlent plus, ne nous écoutent plus, ne viennent plus partager la démocratie lorsqu’ils sont appelés aux urnes.
Ce sont ces échanges qui redonneront de la force sociale à notre projet politique, qui permettront de mettre la majorité sociale et la majorité politique en résonance. C’est aussi cela que nous voulons définir : une stratégie de transformation sociale pour la conquête du pouvoir.
Voilà ce dont la gauche doit se saisir. Les citoyens attendent un nouveau discours de la régulation, une nouvelle définition du bien public, la conquête de nouveaux droits : à nous de leur proposer un nouvel âge de la social-démocratie.
Après l’échec des « socialismes d’accompagnement » des années 1980 et 1990, ce nouveau cycle favorable aux solutions sociale-démocrates représente une ambition totalement immodeste, qui porte en elle le germe de l’indispensable reconquête idéologique que la gauche doit mener, sous toutes ses formes d’engagements : le politique, le syndical, l’associatif, le citoyen.
Notre temps s’inscrit dans la durée et dans l’immédiat. Dans la durée car tout ne trouvera pas réponse à coup de Felix Felicis, mais dans l’immédiat, car il n’est pas question de faire l’impasse sur 2012.
Nous avons moins de 1000 jours pour participer à l’invention d’un nouveau projet de société.
Voilà les premières lignes de nos engagements socialistes. Elles en appelleront de nombreuses autres.